Aujourd'hui c'était plutôt bousculé (pour une feignasse comme moi). Au menu : à 10h, cérémonie de clôture pour les étudiants boursiers de l'institut de langues de la SNU, et à 15h, session d'orientation à Ewha.
Depuis hier, il pleuvait fort à Séoul. Sans doute un lointain relent des typhons qui dévastent l'Asie en ce moment.
Je suis donc arrivée à l'institut de langues trempée comme une soupe et puant le chien mouillé. En plus, ma carte de transports n'était pas passée dans le bus, j'ai dû payer en liquide et c'est 100 wons de plus, damned. Quand je suis entrée dans la salle de réunion, y avait plus de profs que d'élèves, c'est dire. Les profs appelaient les élèves un par un sur leur portable pour les rameuter. Amis boursiers, quel enthousiasme ! Par la suite, j'ai eu le déplaisir de constater que cette fête avait été organisée pour tous ceux parmi nous (une majorité, en fait) qui ont commencé en même temps au niveau 1 (de mon côté j'ai débuté au niveau 3) et ont passé toute l'année ensemble. J'ai donc eu droit à des discours plutôt soporifiques (mais depuis le temps que je vis ici, je me suis fait une raison), une remise de diplômes longuette et un diaporama interminable de photos plutôt mal cadrées où il n'y avait personne que je connaissais. D'humeur fort marrie, je me suis donc fait la malle avant la fin en maudissant sous la pluie celui qui a envoyé le mail de convocation à tout le monde alors que ça n'en valait pas la peine pour certains d'entre nous.
De retour chez moi, je me suis tapé un curry tout en attendant avec espoir que mes fringues sèchent un peu.
Ensuite, j'ai repris le bus, et ma carte est passée ! Premier bon présage. Il tombe une petite bruine quand j'arrive enfin au bâtiment des études internationales de Ewha.
On commence par un bref topo sur la prévention du harcèlement sexuel à la fac et au travail. Dans un pays comme la Corée, je pense que c'est loin d'être superflu.
Le doyen et le doyen associé y vont ensuite de leur petit speech, dans un anglais parfait of course, et powerpoint à l'appui. Ils ont rapidement présenté les cursus et les profs, tous de fiers diplômés des facs de la Ivy League. Ils ont aussi mis l'accent sur le désir de globalisation de la Corée (le fait d'attribuer des bourses mirobolantes à 500 élèves du monde entier fait partie de cette logique) et son besoin d'experts capables d'évaluer les problèmes qui s'ensuivent et de les résoudre efficacement. En gros nous sommes destinées à devenir des GPS. Pas les machins agaçants dans votre voiture qui vous disent de tourner à gauche à 200 mètres avec une voix prétentieuse. GPS chez nous, ça signifie Global Problem Solvers (si je me souviens bien). Le tout était présenté avec dynamisme et humour. Du genre : "Vous aimez le pognon et vous rêvez d'allumer vos cigarettes avec des billets de 100 dollars ? Alors la section business est pour vous. Par contre, si vous méprisez souverainement une telle engeance, tournez-vous vers notre section aide au développement". Franchement, je sens que ces deux prochaines années vont être fort intéressantes.
Les professeurs laissent la place aux représentantes du conseil des élèves. On se répartit par division pour pouvoir discuter plus en détail, et comme de bien entendu dans le groupe de la division Relations Internationales, toutes les nanas coréennes se sont mises à jaqueter en coréen à toute vitesse. En voyant mes sourcils froncés, l'une d'entre elles se tournait parfois vers moi et me traduisait vite fait ce qui se disait en ce moment. Le cauchemar des travaux de groupes du cours d'analyse de l'actu à Ewha en 2005 recommençait. Je précise que l'intégralité des cours et du travail au département que j'ai choisi doit se faire en anglais, c'est bien pour ça que je l'ai choisi, tiens. Mais chassez le naturel, il revient au gallop. En fait, la discussion a surtout porté sur "tel prof est sympa, tel prof est exigeant mais on apprend bien avec lui". Après tout, c'est ce qui intéresse le plus les élèves, et la présentation des cours de 2A dans Propos, ce n'était pas autre chose.
Par chance, une autre représentante du conseil, kenyanaise, est venue dans notre groupe, ce qui a obligé les autres à parler anglais. J'ai aussi bien discuté avec la présidente du conseil qui m'a dit que la vice-présidente, qui a passé un an d'études en France, avait pour projet de créer un club français. Tiens tiens... Elle m'a aussi appris qu'il serait tout à fait possible pour moi d'intégrer un orchestre dans cette division, et une autre personne pourrait m'aider (si elle a le temps) à faire l'acquisition d'une clarinette ici, ce qui serait fort bienvenu. Pour couronner le tout, elle habite au village français de Séoul et connaît de bons endroits pleins de bonne bouffe bien de chez nous. Et pour finir, j'ai été réquisitionnée pour participer à une petite pièce de théâtre donnée par les actuelles étudiantes étrangères.
C'est donc le coeur léger que je sors du bâtiment. Je lève le nez, la pluie a cessé et le ciel est d'un magnifique bleu doré très pur, le plus joli crépuscule que j'ai vu depuis longtemps. Je me dirige vers la porte principale pour prendre le métro, et soudain, quelqu'un me tombe dans les bras. C'est ma Jihyun !!! Que je n'avais pas vue depuis des mois. Elle sera diplômée à la fin du mois, et pour l'instant, passe tout son temps à préparer le concours des diplomates, dans un institut de droit pas loin de chez moi. Quand j'y pense, la première fois que je l'ai rencontrée (si l'on excepte le cours de socio qu'on suivait toutes les deux et où je ne l'avais pas trop remarquée au début), c'était encore une fois par hasard dans la rue, à deux pas d'ici. A l'époque, elle était déjà passionnée par la France et on avait pris le thé ensemble pour discuter en français. En classe de coréen, j'ai eu un cours à propos de l'Inyun, sorte de destin qui peut rapprocher deux personnes. Je vais finir par y croire.
Quand je suis rentrée chez moi, le soleil brillait de ses derniers feux et le petit vent du soir rafraîchissait l'atmosphère. Je me suis arrêtée chez ma marchande de fruit, et la dame m'a sélectionné ses plus belles pêches. Ce sont ces petits détails qui rendent la vie d'expat plus jolie.
Bref, après la pluie, le beau temps !