Née en Corée et adoptée en France, je suis de retour à Séoul d'abord comme stagiaire, et ensuite comme étudiante boursière. Enjoy !












Le premier atelier a été animé par Jane Jeong Trenka, auteure de quelques ouvrages très appréciés sur l'adoption, qu'il faudra bien que je lise un jour... On nous a visionné une émission coréenne sans sous-titres, qui a donc pour des raisons techniques été doublé directement à la bouche. Entendre du coréen dans l'oreille droite et de l'anglais dans l'oreille gauche était plutôt malaisé... Cette émission racontait l'histoire de Leanne, une adoptée ayant eu une vie plutôt dure aux Etats-Unis, qui se rend en Corée pour y rechercher sa famille biologique. L'administration coréenne étant ce qu'elle était à l'époque, si j'ai bien tout compris, elle avait le même numéro ou presque qu'une autre petite fille, et elle s'est toujours demandée si c'était sa soeur, sa jumelle, en fonction des noms, des dates de naissance probables et de l'âge du capitaine... Mais il semblerait que ce soit une petite trouvée en même temps qu'elle, et qu'un scribouillard ne se soit même pas embarrassé à les enregistrer sur deux formulaires différents. Pour finir, elle est repartie bredouille, et par conséquent, a consacré la deuxième partie de son atelier à donner des "conseils" aux personnes effectuant des recherches, du genre "jouez au con et donnez une image malléable, l'employé en face de vous finira bien par laisser échapper une info importante". On se croirait dans un film de guerre ou d'espionnage... L'on a aussi copieusement tapé sur Holt, la principale agence d'adoption en Corée, fondée par Harry Holt, un protestant américain sans doute plein de bonnes intentions, mais dont les institutions ne font plus l'unanimité. D'après ce que j'ai entendu Holt est composée de plusieurs branches : l'administration centrale aux Etats-Unis, et des branches locales en Corée mais aussi en Inde, en Afrique, en Europe de l'Est, car comme toutes les multinationales qui marchent, Holt a cherché à étendre ses activités. A en croire Leanne, et elle a probablement raison, Holt Etats-Unis donne une image de transparence et de conformités à la convention de La Haye en matière d'adoption, tandis que de son côté, Holt Korea, bénéficiant de la législation coréenne en matière de protectionnisme, fait un peu ce qu'elle veut et se garde le droit de ne pas communiquer certains documents important ayant trait aux adoptés, ce que Holt US trouve tout à fait normal. Elle aurait aussi modifié les âges et les histoires des enfants afin de les rendre plus attractifs pour la "clientèle" américaine et attirer des précieuses devises, car la procédure d'adoption représentait un bon petit paquet de $$$. Quand je parle de clientèle, je pense à un adopté du Minnesota qui m'a raconté en rigolant qu'il avait été sélectionné dans un catalogue. Les futurs adoptants n'aimaient pas trop savoir que les enfants avaient encore leurs deux parents. Il était préférable de leur baratiner que les enfants étaient orphelins ou nés de mères célibataires qui ne voulaient pas d'eux. Comme vous pouvez le voir, mesdames et messieurs, la malheureuse histoire de l'Arche de Zoé avait lieu tous les jours dans la Corée des années 1970-80. Néanmoins en entendant tout ça, je n'étais pas trop à l'aise car je sentais beaucoup de hargne de la part des adoptés. Jane étant aussi la directrice d'une assoc nommée TRACK pour "Transparency and Reconciliation for the Adoption Community in Korea", j'ai eu l'impression qu'on insistait sur le T mais pas vraiment sur le R... Et je pense que ce n'était absolument pas judicieux de balancer tout ça sous le nez de Molly Holt, la fille de Harry Holt, membre du conseil d'administration de G.O.A.'L et représentante du Ilsan Holt Town qui s'occupe surtout de personnes handicappées. Elle est au demeurant une charmante vieille dame, même si on ne partage pas les mêmes idées. Elle avait l'air profondément affectée en entendant tout cela, et ça se comprend. Comme dirait Luce, il faut enrober son propos... Elle a justifié le dualisme des institutions de Holt en explicant judicieusement qu'il fallait un organisme sur place pour traiter avec les différentes instances sociales en Corée.
Pour la première partie, j'ai été un peu déçue d'avoir à choisir entre la Post-reunion discussion où des adoptés ayant retrouvé leurs parents biologiques parlent de leur expérience (j'y ai d'ailleurs participé l'année dernière), Being reunited with your taste buds (Retrouvez vos papilles gustatives) où un écrivain culinaire parle des différences entre la cuisine occidentale et la cuisine coréenne, ainsi que de la difficulté de passer de l'une à l'autre, et Unsuccessful Birth Family Searches and not interessed, où j'ai commencé à taper la causette avec l'épouse de l'animateur qui est une amie, et où j'ai fini par rester. Des adoptés ayant effectué des recherches infructueuses parlaient de leur expérience, et pour finir, l'animateur, Sébastien, un adopté belge formidable, expliquait pourquoi il n'était pas intéressé par les recherches.